L’OTAN et la logique des blocs
En avril 1949, les quatre alliés occidentaux victorieux de la Seconde Guerre mondiale (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France) et huit autres pays d’Europe de l’Ouest signent le Traité de l’Atlantique Nord. Ce traité établit une alliance politico-militaire entre ses membres afin d’assurer leur sécurité collective. Les membres ont pour objectif commun de « régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux » (article 1). L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est la structure de coopération militaire créée pour rendre effective l’article 5 du Traité « Une attaque contre l’un des membres est considérée comme une attaque contre tous, déclenchant une réponse collective ».
L’Union soviétique, dirigée par Joseph Staline, a annexé ou vassalisé de nombreux pays d’Europe centrale et de l’Est à la fin de la guerre. En août 1949, l’URSS obtient sa bombe atomique, et l’OTAN se construit dans le contexte de la guerre froide pour garantir la protection atomique des É.-U. aux pays d’Europe de l’Ouest. En 1955, l’URSS scelle le Pacte de Varsovie, une alliance militaire similaire avec les pays soviétiques européens, renforçant la logique d’un affrontement des blocs Est et Ouest basé sur la menace nucléaire.
De la dissuasion à l’intervention
Ce certain équilibre du rapport de force entre les deux grandes puissances américaine et soviétique a permis à l’Europe d’éviter tout conflit majeur pendant la guerre froide, et les forces de l’OTAN n’ont jamais été mobilisées durant cette période. Après la chute de l’URSS, l’OTAN redéfinit son rôle et élargit ses missions à la « gestion des crises et aux opérations de maintien de la paix ». Ainsi, les forces de l’OTAN interviennent dans la guerre civile en Yougoslavie en 1992. Les États-Unis invoquent l’article 5 du Traité de l’Atlantique après les attentats du 11 septembre 2001, engageant les forces de l’OTAN en Afghanistan jusqu’en 2021. L’OTAN est également présente en Irak à partir de 2018 pour soutenir et maintenir le gouvernement irakien contre Daech.
Ces interventions militaires de l’OTAN se sont faites avec un mandat du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU). En revanche, l’OTAN intervient de manière autonome au Kosovo en 1999 contre l’armée serbe et en 2011 contre l’armée libyenne, sans cadre clair des objectifs de l’intervention définis par l’ONU. Les États-Unis ont également utilisé des bases de l’OTAN en Europe et en Turquie pour leur intervention militaire en Irak en 2003, sans mandat de l’ONU.
Hégémonie occidentale et nouvelle organisation internationale
Cette redéfinition des rôles et objectifs de l’OTAN justifie de nombreuses critiques, notamment en dehors du monde occidental. Alors que la potentielle menace de l’Union soviétique a disparu, l’OTAN s’est largement développée, en particulier vers l’Est de l’Europe, avec 32 membres à ce jour. Cette expansion est considérée par la Russie comme un casus belli majeur de la guerre en Ukraine. Des avions armés de bombes nucléaires sont stationnés sur les bases de l’OTAN en Europe et en Turquie, constituant une menace effective pour la Russie, comme l’a été pour les États-Unis la menace de la crise des missiles à Cuba en 1962.
La puissance militaire sans égale des États-Unis et de l’OTAN, ainsi que le verrouillage du Conseil permanent de sécurité de l’ONU à seulement cinq pays (dont trois membres de l’OTAN), empêchent l’ONU d’être un organisme de gestion des crises internationales effectif. La logique des deux blocs post-1945 a disparu, et le monde plus intégré d’aujourd’hui devrait permettre l’émergence d’autres points de vue et intérêts dans les relations internationales. Actuellement, neuf pays possèdent la bombe atomique (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël). Cette arme est toujours une épée de Damoclès pour l’humanité. Remplacer l’OTAN par une structure militaire effective de l’ONU et ouvrir le Conseil permanent de sécurité à ces pays nucléarisés, si différents dans leurs cultures, appréhension de monde, et intérêts, entraînerait une remise à plat de la diplomatie et des rapports de force internationaux, cassant l’hégémonie occidentale et l’ouvrant aux aspirations du Sud global.